Ce document est le fruit d'une recherche personnelle, il est à votre disposition pour un usage privé.
A ceux qui souhaitent publier un ou plusieurs extraits de ce mémoire sur leur site internet, nous leur demandons de manifester leur sympathie sous la forme d' un lien vers notre site et de citer leur source. Pour nous avertir babette@danse-africaine.net
Le lien:
Extrait de " La danse africaine phénomène de mode ? " par Babette
merci
Babette
Sommaire
INTRODUCTION
I LES DANSES EN AFRIQUE
1.1 L'art en Afrique
1.2 Les caractéristiques des danses Africaines
1.3 Les aspects des danses en Afrique
1.4 Les pratiques des danses en Afrique
1.5 Les enseignements en Afrique la transmission orale
1.6 Les rapports entre les danses et les rythmes en Afrique
II LES DANSES D'AFRIQUE FACE A L'OCCIDENT
2.1 La découverte de l'art africain
2.2 Le phénomène migratoire des danses d'Afrique vers l'occident
2.3 Les conséquences de l'arrivée des danses d'Afrique
III VERTUS ET BENEFICES DES DANSES D'AFRIQUE
3.1 La danse perçue par l'occident
3.2 La danse et ses effets multiples
3.3 La danse et ses fonctions plurielles
3.4 Les particularites des danses d'Afrique
CONCLUSION
BIBLIOGRAPHIE
INTRODUCTION
Lorsque j'eus la révélation de la danse africaine, j'ai senti en moi la joie, la certitude d'avoir trouvé la danse véritable dans la manifestation la plus pure, la plus totale, la plus humaine et la plus profonde.
Ainsi lorsque le choix d'un thème de mémoire s'est imposé, j'ai très vite orienté celui-ci vers la danse africaine.
En effet enrichie de dix années d'expérience et de pratique de la danse africaine j'ai pu constater dans le cadre de mes activités et dans des lieux très diversifiés(écoles, institutions, structures associatives), que les cours sont pleins, les amateurs sont passionnés et ne jurent que par la danse africaine.
Le choix de ce sujet est aussi influencé par des motivations professionnelles.
Je suis animatrice d'un atelier de danse d'expression chorégraphique depuis quatre ans et comme beaucoup de professionnels de la danse, je la juge indispensable à ma formation.
Par conséquent j'ai défini une problèmatique pouvant répondre aux différentes questions que je me pose en tant que danseuse et enseignante :
POURQUOI LA PRATIQUE DE LA DANSE AFRICAINE NE SE REDUIT PAS A UN PHENOMENE DE MODE ? .
La méthode de travail que j'ai privilégiée est une méthode de recherche bibliographique et une mise à profit des réfléxions de mes années d'expérience.Dans un premier temps, je définis les danses d'Afrique dans leurs contextes originels.
Dans un deuxième temps, je développe le phénomène migratoire des danses d'Afrique vers l'occident.
Dans un troisième temps, je détermine les différents points qui me paraissent pertinents afin de démontrer que la danse africaine n'est pas un phénomène de mode.
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Babette
Sommaire
INTRODUCTION
I LES DANSES EN AFRIQUE
1.1 L'art en Afrique
1.2 Les caractéristiques des danses Africaines
1.3 Les aspects des danses en Afrique
1.4 Les pratiques des danses en Afrique
1.5 Les enseignements en Afrique la transmission orale
1.6 Les rapports entre les danses et les rythmes en Afrique
II LES DANSES D'AFRIQUE FACE A L'OCCIDENT
2.1 La découverte de l'art africain
2.2 Le phénomène migratoire des danses d'Afrique vers l'occident
2.3 Les conséquences de l'arrivée des danses d'Afrique
III VERTUS ET BENEFICES DES DANSES D'AFRIQUE
3.1 La danse perçue par l'occident
3.2 La danse et ses effets multiples
3.3 La danse et ses fonctions plurielles
3.4 Les particularites des danses d'Afrique
CONCLUSION
BIBLIOGRAPHIE
INTRODUCTION
Lorsque j'eus la révélation de la danse africaine, j'ai senti en moi la joie, la certitude d'avoir trouvé la danse véritable dans la manifestation la plus pure, la plus totale, la plus humaine et la plus profonde.
Ainsi lorsque le choix d'un thème de mémoire s'est imposé, j'ai très vite orienté celui-ci vers la danse africaine.
En effet enrichie de dix années d'expérience et de pratique de la danse africaine j'ai pu constater dans le cadre de mes activités et dans des lieux très diversifiés(écoles, institutions, structures associatives), que les cours sont pleins, les amateurs sont passionnés et ne jurent que par la danse africaine.
Le choix de ce sujet est aussi influencé par des motivations professionnelles.
Je suis animatrice d'un atelier de danse d'expression chorégraphique depuis quatre ans et comme beaucoup de professionnels de la danse, je la juge indispensable à ma formation.
Par conséquent j'ai défini une problèmatique pouvant répondre aux différentes questions que je me pose en tant que danseuse et enseignante :
POURQUOI LA PRATIQUE DE LA DANSE AFRICAINE NE SE REDUIT PAS A UN PHENOMENE DE MODE ? .
La méthode de travail que j'ai privilégiée est une méthode de recherche bibliographique et une mise à profit des réfléxions de mes années d'expérience.Dans un premier temps, je définis les danses d'Afrique dans leurs contextes originels.
Dans un deuxième temps, je développe le phénomène migratoire des danses d'Afrique vers l'occident.
Dans un troisième temps, je détermine les différents points qui me paraissent pertinents afin de démontrer que la danse africaine n'est pas un phénomène de mode.
La danse africaine, pour se défouler
Inspirée des animaux, la danse africaine est avant tout un moyen d'expression qui sollicite toutes les parties du corps.
Un moyen de communication
On appelle danse africaine la danse dite "des noirs". La danse est une composante majeure de la culture africaine. A l'origine, c'est un véritable moyen de communication. Plus importante que la parole, elle permet de s'exprimer, d'exister et d'affirmer son identité.
La danse d'expression africaine telle qu'on la connaît dans les pays occidentaux s'inspire largement des danses traditionnelles d'Afrique. Techniques
traditionnelles d'Afrique. Techniques, mouvements, rythmes : elle en a gardé les caractéristiques tout en abandonnant l'aspect rituel. Depuis les années 1950, cet art ne cesse de se développer en Occident.
Un danseur libre et conscient
Pour un danseur de danse africaine, il importe d'être libre. Cette nécessité fait référence à l'ère de l'esclavage, lorsque que les Africains noirs dansaient sous la contrainte. Depuis, une danse forcée n'est pas une danse. Autre condition : la conscience. En effet, par ses mouvements, le danseur doit transmettre une idée au spectateur.
Une chorégraphie inspirée des animaux
Préparez-vous à danser pieds nus et exécutez des figures et acrobaties au son du djembé. Frappements de mains et de pieds, sauts, ondulations : tous ces mouvements se pratiquent genoux fléchis et dos cambré.
La gestuelle est basée sur l'observation et l'imitation des animaux. Ainsi, il peut vous arriver d'apprendre des chorégraphies telles que le "Funky Chicken" ou danse du poulet gai, le "Camel Walk" ou marche du chameau.
Une danse énergique, idéale pour les stressées
Très énergique, cette danse sollicite tout le corps, particulièrement les hanches pour les femmes. Un exercice idéal pour bouger, se défouler et évacuer le stress accumulé. Vous libérez ainsi vos émotions tout en renforçant articulations, dos, sternum, bassin et torse. Discipline particulièrement endurante, la danse africaine apporte aussi souffle, résistance et souplesse.
La danse africaine:
identité et caractéristiques
On peut considérer qu'il y a six principes fondamentaux de la danse africaine :
1) Dominante d'un style. Attaque percussive, vitalité.
2) Polyrythmie: Multiplicité des rythmes . Musique percussive non harmonique.
3) Système appel-réponse : musical et chorégraphique utilisé dans les spirituals, gospel, worksongs, le groupe répond à un soliste (alternance de couplets qui sont improvisés par le soliste et de refrains immuables, ce qui nous donne la relation innovation et tradition, traditions qui sont reprises aussi par les GI, militaires américains).
4) Pulsation, le sens intérieur de la pulsation.
5) Syncope, l'accentuation suspendue de la phrase musicale .
6) L'arme politique. Le Calypso était une arme politique chantée (le Rap actuel si l'on se réfère aux textes est aussi un outil à usage contestataire ; ex : le groupe Ice T). De même que le Cake walk qui est la reprise des minstrels par les noirs, compte à son répertoire de vieilles chansons jazz truffées de mots en "slang" (argot) qui sont en fait des injures destinées aux blancs.
Caractéristiques de la danse africaine :
C'est une danse pratiquée pieds nus, elle est à base de pas glissés, de pas traînés, on frappe des pieds dans la terre, les genoux sont fléchis, le dos en avant (la courbe du corps est une position typiquement africaine, il suffit de se référer à leur physionomie pour la comprendre).
La frappe des mains, les cris, le sol, les sauts et les ondulations sont aussi utilisés. C'est une danse qui requiert une grande agilité du corps.
Spécificité des hommes : acrobatie, sauts.
Spécificité des filles : pas glissés, grande agilité des hanches, positions toujours très pliées.
Ces danses sont toujours inspirées par la faune, elles consistent en une imitation des animaux. Par exemple : " le lapin" qui est le fétiche noir américain, cette danse évolue en "cercle" avec des solistes au centre.
La pose du pied au sol est aussi une caractéristique de la danse africaine, suite à l'observation et à l'imitation des animaux. La dynamique des appuis au sol varie : légère, lourde, rapide, lente et traînante. Le pied à plat ; pas typique de la danse africaine allant, vers la mère, la terre pour puiser sa force et récolter sa nourriture le rappelle l'action de se plier vers la terre, se coucher, se reposer.
Le pied en demi - pointe ; le désir de s'élever est plus une conception occidentale, aller vers le ciel.. être au-dessus... paraître plus grand... (gotique).
L'observation et l'imitation des animaux ont engendré toute une gamme de danses diverses (parfois il ne s'agit que d'une marche ou d'un mouvement spécifique) on les retrouve tout au long de l'évolution de la danse jazz tel que le : " Fox-trot " le trot du renard, " le Grizzly-bear " l'ours Grizzly, " le Funky chicken " le poulet gai, " le Bouffalo " le buffle, " le Turkey-hot " la chaude dinde, " le Pigeon wings " ailes de pigeon, " Bunny hogue " le bisou du Lapin, " le Camelwalk " la marche du chameau qui inspira James BROWN qui à son tour inspira Michael JACKSON pour finalement prendre le nom de "Moonwalk".
La danse africaine est centrifuge, comme la danse jazz, elle part des hanches pour exploser vers l'extérieur (Danses sociales Charleston, Black bottom etc.) Rythme propulsif, par rapport à la danse jazz c'est une qualité "swinguante".
Le danseur se trouve finalement face à deux manières de concevoir la danse jazz ; La manière européenne et la manière africaine. Ces deux façons de danser sont tellement opposées qu'elles sont presque incompatibles ainsi un fossé sépare la "danse jazz noire" et la "danse jazz blanche" et cela tout au long de son évolution, même lorsque les gestes techniques semblent être identiques.
Le noir danse pour s'identifier :
La danse jazz noire hérite de ses racines africaines la nécessité de danser pour s'identifier, pour exister, pour communiquer, pour conserver une identité et une culture.
Le blanc danse le jazz pour se divertir et amuser son entourage, d'où le développement d'un marché commercial de la danse (Show dance, Broadway.).
Chez le danseur noir deux conditions doivent être réunies pour qu'il danse ; la liberté et la conscience.
La liberté ; le danseur doit être libre de choisir de danser, toute danse qui est exécutée sous la contrainte n'est plus une danse pour les Africains (pendant l'esclavage lorsqu'ils étaient obligés de danser ils ne la vivaient pas).
La conscience est l'âme de la danse car elle est supposée exprimer une idée et suivre un chemin qui touchera le c½ur des spectateurs.
HISTOIRE DE LA DANSE JAZZ
1518 - La traite des esclaves
Quand on parle du commerce des esclaves il faut surtout le situer sur la côte ouest de l'Afrique. Ce qui a essentiellement touché les peuples du : Sénégal, Togo, Bénin (ancien Dahomey), Congo.
1518 : Importation des esclaves vers les Antilles et plus particulièrement vers Hispanola (qui plus tard s'appellera Haïti).
En 1540 arrivaient aux Antilles jusqu'à 100 000 esclaves par an. A la fin du 19ème siècle on pouvait en compter 900 000 !
La première arrivée des esclaves aux Etats Unis se situe vers 1619.
La période de la traite des esclaves fut celle des grands Royaumes, des Etats et des cités puissantes. En Afrique il existait une grande diversité de régimes, certains très fortement structurés avec des Royaumes et des Rois, d'autres moins organisés sur la base de clans de tribus ou de familles. On y trouvait divers peuples comme les Jurouba, les Fon, les Ashanti, les Mandingo et les Dahomey.
En dépit de cette diversité de tribus il y avait des caractéristiques communes à la plupart des cultures africaines. C'était l'importance des rapports sociaux qui n'étaient pas évident à percevoir par les occidentaux.
Dans la culture africaine il n'y avait pas de distinction entre la vie privée et la vie publique, tout était célébré par des fêtes, des rites ayant comme support une musique ou des percussions spécifiques pour chaque manifestation (mariages, naissances, mort).
La musique avait une place dominante dans la culture africaine, les musiciens bénéficiaient d'un statut privilégié.
Chaque cérémonie, chaque rite ou événement social (guérison, mariage, naissance, mort, saison etc.) avait sa musique, ses chants et ses rythmes.
Chaque Tambour appelle un Dieu différent
Chaque Dieu a ses rythmes et sa gestuelle.
Les Griots sont des musiciens professionnels, qui se transmettent encore aujourd'hui le savoir de génération en génération, ils chantaient pour le roi, ils accompagnaient les guerriers au combat pour leur donner du courage.
La musique pour l'Africain est le moyen d'extérioriser la plupart des sentiments qu'il éprouve envers sa tribu, sa famille et les gens qui l'entourent. On y trouve les chansons des mères pour leurs enfants, celles des hommes pour courtiser les femmes, celles des sorciers pour guérir ou influencer le temps.
La danse est un autre élément fondamental de l'expression africaine, elle est indissociablement liée à la musique. La danse est un langage de communication (la communication non verbale), une histoire symbolique, elle rappelle ce qui s'est passé dans le temps ancien, c'est une forme de méditation. C'est à la fois un art du spectacle, un jeu, un art de vivre, une manière d'exprimer intensément le rapport de l'homme à la nature, un langage universel, et une thérapie.
Contrairement à ce que l'on peut penser ce ne sont pas les blancs qui ont commencé le commerce de l'esclavage, c'était une tradition qui était établie chez le "noir" depuis de siècles. Il y avait la traite des esclaves du bas de l'Afrique de l'Ouest et les noirs du Sahara, les blancs n'ont fait qu'amplifier ce phénomène et l'ont étendu à l'échelle mondiale.
Le voyage vers les Antilles se passait dans des conditions épouvantables, "le négrier" était satisfait s'il réussissait à transporter à bon port 50% de sa cargaison. Pour garder les esclaves en bonne forme on les obligeait à danser sur le pont à coup de fouet. A leur arrivée on les "parquait" dans des centres en les obligeant de nouveau à danser. Ces danses sous contrainte ont permis cependant aux esclaves noirs de conserver et de perpétuer leurs traditions, elles furent ensuite utilisées pour leur permettre de s'identifier. La contrainte se mélangeait à des besoins d'appartenance à un groupe.
Les esclaves ont été confrontés à quatre cultures radicalement différentes de la leur : la culture française, esp
agnole, portugaise et anglaise. Les noirs ayant par tradition une grande facilité d'adaptation se sont développés selon la culture de leurs maîtres, ce qui a provoqué des développements complètement différents d'une ethnie à l'autre.
Les Ashanti sont allés chez les Anglais, les Congolais, chez les Espagnols et chez les Dahoméens qui cultivaient la religion du Vaudou, il y avait des colonies à Haïti en Louisiane et en Nouvelle Orléans.
Il y eut aussi une autre différence supplémentaire qui influença considérablement l'évolution des noirs : ce fut la religion. Les esclaves ont été confrontés aux Catholiques et aux Protestants Anglicans.
Au niveau musical, la musique des pays latins était beaucoup plus riche rythmiquement.
Jusqu'au 18éme siècle on dansait même dans les églises les danses sacrées appelées les "Calendes". La population noire a adapté ces danses et les a "créolisé" en leur y ajoutant des rythmes. Ainsi de nouvelles danses sont apparues, de cette fusion sont nées des danses telles que : la Rumba, la Béguin ou la Samba au Brésil.
HISTOIRE DE LA DANSE JAZZ
L'église et son influence
Sous la dominance française les esclaves ont été confrontés à une musique liturgique, baroque, et aux chants Grégoriens, (au début les noirs n'avaient pas le droit de chanter).
Les esclaves qui étaient achetés par les Anglais protestants avaient moins de chance de conserver leurs traditions, car à l'époque pour les protestants la musique rythmique était considérée comme un péché. N'étant pas autorisés à jouer leurs propres rythmes percussifs, ils ont commencé à développer leurs rythmes à travers la marche car ils pouvaient y greffer leurs musiques et leurs chants.
L'attitude des blancs envers les noirs aura eu une énorme influence sur la conservation de l'héritage africain.
Pour le planteur latin (catholique) l'esclave était un homme avec une âme mais avec une vie terrestre sacrifiée. Si l'esclave faisait son travail correctement et ne gênait pas la communauté blanche, il lui octroyait une grande permissivité. Il pouvait pratiquer ses cultes, ses danses, et fabriquer des instruments. Le planteur latin allait même jusqu'à encourager la promiscuité car il en était gagnant à long terme.
Le planteur protestant, qui n'avait jamais été confronté avec le problème de l'esclavage ne pouvait pas le comprendre, pour lui l'esclave était comme un animal, un être sans intelligence. La condition de vie des esclaves était particulièrement rude, ils vivaient dans des conditions d'hygiènes épouvantables, les couples étaient séparés donc abandonnaient leur tradition.
Les plantations étaient petites, les propriétaires faisaient vite comprendre aux esclaves qu'ils leur fallait abandonner leurs traditions, ce que beaucoup firent afin d'avoir une vie meilleure. D'autres préférèrent se cacher afin de préserver et de garder leurs cultes et leurs traditions.
L'importance de l'église et de son influence sur l'adaptation des noirs fut considérable. L'église catholique avait pour tradition de représenter ses Saints sur des toiles, des icônes, et des statues. Les esclaves ont fait des comparaisons de ses saints avec leurs Dieux au point qu'il s'est développé une religion parallèle : à Haïti on trouvait le "Vaudou", à Trinidad le "Shango", au Brésil le "Candombe", et de plus ils faisaient coïncider les fêtes catholiques avec les leurs.
Finalement c'est la religion catholique qui a permis la sauvegarde de la culture noire africaine. Cela justifie aussi pourquoi certaines ethnies qui étaient chez les Anglais, donc chez les protestants n'ont pas pu sauvegarder leur patrimoine culturel. Mais en revanche ils ont appris les traditions européennes ce qui par la suite a été très important quand eut lieu la migration des noirs dès l'abolition de l'esclavage. Dans la religion protestante il n'y a pas de saints, pas d'images, pas d'icônes, pas de représentation humaine, il n'y a que la bible, le nouveau testament est une croix en bois, car ce n'est pas l'église qui est riche mais l'âme de l'Homme blanc.
Danse jazz, danse sexuelle ?
Danser à la manière des Africains c'est donc désirer connaître son corps, le découvrir, et lui obéir en pleine conscience, c'est ; avoir le courage d'accepter publiquement le plaisir, le vivre, le partager et le montrer. En fait c'est précisément cet aspect sexuel qui a toujours soulevé un problème dans la danse jazz.
Dès le début les danseurs modernes n'ont pas hésité à montrer l'amour sexuel et même la nudité (Martha GRAHAM, Doris HUMPHREY, Isadora DUNCAN) mais cela était perçu comme un art de haute moralité, et justifié la nécessité d'un érotisme et d'une sensualité dans le but d'une recherche artistique. Au niveau de la danse jazz aussi on perçoit ces deux courants ; on dicerne les chorégraphes noirs qui ont une perception sexuelle et les blancs qui ont une perception sensuelle.
Les jeunes africaines qui, lors des fêtes de village souhaitent faire comprendre leurs désirs à l'égard d'un homme, utilisent comme moyen de communication la danse sans aucune inhibition. Avec des regards, des ondulations du bassin, elles transmettent leur message, dont la signification est évidente et ne choque personne.
Un autre élément de la danse jazz est l'ironie moqueuse et protestante qui se manifestait avec un petit coup d'épaule pendant la danse (1930).
La danse jazz noire a gardé de la danse traditionnelle africaine l'idée de création et d'improvisation continuelles mais à l'intérieur d'un cadre bien défini. La danse africaine est la répétition d'un geste appris selon la tradition. C'est une connaissance parfaite du geste et du vocabulaire qui laisse le danseur libre par la suite d'improviser, parce qu'il maîtrise une technique. Ce n'est pas de la spontanéité comme dans la danse primitive.
Dans le Break dancing on assiste exactement à ce même phénomène d'improvisation sur un langage connu et compris par tous. De même dans les "Jam sessions " (faire un b½uf, improviser sur un thème) les musiciens improvisent sur une phrase qui est ensuite reprise par un autre musicien qui la change et la colore à son grès, mais la phrase dans sa structure reste toujours identique.
La dominante est toujours basée sur le rythme, et ce n'est pas les pas de danse qui font évoluer les danseurs mais le rythme qui les fait bouger.
Citation de Mura DEHN en 1946 : "La différence fondamentale entre la danse jazz et la musique africaine est que la danse jazz est syncopée, elle utilisera le contretemps et la syncope, alors que la danse africaine au contraire appuie le temps sur la percussion" (les musiciens sont polyrythmiques mais la danse elle, est sur le temps).
L'échange des esclaves entre les îles et le continent était si important qu'il est nécessaire d'aborder le développement de la danse dans les îles. Ainsi nous pourrons identifier les danseurs et essayer de comprendre pourquoi le jazz est né aux Etats Unis et non dans les Antilles par exemple.
Les esclaves aux Antilles utilisaient principalement deux tambours, un grand et un petit qu'ils appelaient-le "Baboula" (d'où le terme "faire la Bamboula") sur lequel ils exécutaient des rythmes rapides, on trouvait aussi des os qu'ils frottaient et un instrument à corde apparu en 1764 en Jamaïque appelé ; le "bonjour" (il est décrit comme une guitare espagnole ronde à quatre cordes ) et va devenir-le "Banza" puis le "Banja" et en passant aux Etats Unis il s'appellera définitivement le "Banjo".
A l'exception des grands colons qui étaient des administrateurs et des religieux éduqués possédant une bonne culture, les Européens étaient en grande partie d'origine paysanne et ils ignoraient la musique savante, donc le peuple avait conservé l'habitude de s'amuser à l'occasion de fêtes saisonnières et lors des fêtes religieuses telles que Noël et Pâques. Ils dansaient et chantaient uniquement des danses religieuses héritées des premiers temps du Christianisme.
Les Colons antillais avaient un mode de vie moins austère que les colons américains, leur distraction favorite était la danse, qu'ils enseignaient aussi à leurs esclaves, tout comme l'apprentissage des instruments de musique tel que le violon. Les esclaves apprenaient les danses populaires comme le Branle et la Bourrée et les danses de cour française telles que le Menuet et les Contredanses. Donc les dimanches après midi les esclaves pouvaient danser non seulement les danses qui leur étaient enseignées mais aussi leurs propres danses traditionnelles à condition qu'elles eussent été morales, c'est à dire non sexuelles.
Toutes ces danses qui n'étaient pas sacrées et de ce fait non rituelles, les colons français, espagnols ou anglais les avaient toutes regroupées sous un même terme ; " la Bamboula".
Toutes les danses qui avaient fusionné avec ces danses chrétiennes on les appela les "Calendes" (c'est le nom que leur donnent les religieux), les colons les appelaient les "Branles" et les Anglais les "Gigues" (Gigue des nègres).
La "Juba" était une danse compétitive (d'aptitude technique), qui apparut dans toutes les îles et qui s'est étendue jusqu'au sud des Etats Unis. La caractéristique de cette danse était que le danseur exécutait une série de mouvements au milieu d'un cercle d'autres danseurs qui l'accompagnaient de frappes sur toutes les parties de leur corps (mains, pieds, cuisses etc.) et était ensuite défié par un autre danseur qui entrait dans le cercle. Aux Etats Unis cette danse s'est appelée par la suite le "Patting Juba" (patting = frapper, sorte de solfège corporel "Handbone").
Fusions de danses :
La danse créole nationale a comme origine les danses de société européennes qui ont d'abord été dansées en l'état puis créolisées par la population noire qui a apporté ses rythmes. Le 18ème siècle était la période du "Menuet", celui des "Contredanses", des "Quadrilles" et des " Cotillons" qui furent suivit par la "Polka" et la "Mazurka". La "Polka" créolisée est devenue la "Béguine". La "Mazurka" est devenue la "Mazour", "Mazouk" puis finalement "Zouk" (20éme siècle)
Le 18ème siècle fut le siècle des danses de couple ; la valse. Et le 20éme siècle fut l'apparition du "Zouk" et à Cuba du "Son" (qui est le précurseur du "Cha Cha"). Finalement toutes ces îles ont servi en sorte d'éprouvette où furent mélangés les rites et traditions à la fois de la population blanche et noire ce qui a donné naissance à ce qu'on a appelé par la suite la "culture noire" (la culture forte, Black power, Black is beautiful, "be black and proud ! " de J.Brown).
A Haïti la religion Vaudou était la religion officielle de 1847 à 1859 et les rites séculaires africains y ont survécu, on retrouva par la suite une chanson de travail de l'île, la "Cunjain " dérivant du "Cumbait" sur les rives du Mississippi à la Nouvelle Orléans.
A Cuba les premiers Conquistadores avaient apporté une tradition poétique et musicale qui correspondait à la "Romance" et au "Zapateo". Il y eut un apport considérable des noirs jusqu'en 1880 et aussi de musique française en 1791 avec la "Contredanse", le "Menuet" et la "Gavotte". La Contredanse française créolisée chez les Cubains sur une musique espagnole et une musique africaine donna le "Danson" qui se transforma par la suite au 20ème siècle en "Mambo". Au 19 ème siècle on assista à l'apparition d'une identité cubaine sous l'influence puissante de la musique espagnole avec la "Habanera", (123-123-12-12-12 ) rythme cubain qui a inspiré de nombreux compositeurs de renom. La "Habanera" influença le développement du "Tango" qui à travers la migration des Cubains vers l'Amérique en 1914 se fit connaître et fut adopté par l'Argentine.
En Amérique, certains esclaves fortunés avaient un contrat à durée déterminée à la fin duquel ils étaient libres. Mais ce système ne coûtant rien aux colons fut rapidement étendu à un contrat à vie.
Avec l'augmentation des esclaves, des lois de plus en plus strictes furent votées afin de maintenir l'ordre. Les conditions de vie étaient très rudes pour les esclaves et en raison de cela on assista à un mécontentement grandissant, en effet vers le 17ème siècle on entendait parler du plus en plus d'insurrection des noirs en particulier à New York et à Boston.
1739 fut la date de l'insurrection Cato (la révolte Stono). Les esclaves d'une plantation de Caroline du sud se révoltèrent et tentèrent de regagner la Floride qui était à ce moment là espagnole, cela afin de retrouver leur liberté. Sur leur chemin ils assassinaient des blancs ce qui correspondait à un acte impardonnable pour la communauté protestante américaine. Une loi fut votée et appliquée dans toute l'Amérique protestante : "Interdiction formelle aux noirs de "tambouriner" et de se regrouper". En fait les blancs avaient compris que le tambour jouait le rôle d'un communicateur, un rassembleur et un excitant de masse.
Dans le sud on trouvait les esclaves des champs et les esclaves de maison (les domestiques) et c'est principalement parmi cette dernière catégorie d'esclaves que les maîtres choisissaient leurs musiciens (même processus qu'aux Antilles), ils leurs apprenaient à jouer des instruments de musique afin de les accompagner dans leurs danses. On retrouva les mêmes instruments qu'aux Antilles mais puisque le tambour était interdit, ils créèrent d'autres instruments tel que le tambourin qui fut par la suite l'instrument privilégié du phénomène professionnel appelé la "Minstrelsy". Donc ils eurent comme instruments à disposition hors mis le tambourin, des os, des planches à laver qu'ils grattaient (washboard), le banjo et le violon appelé le "fiddle" (the fiddle on the roof, "if I were a rich man .. " !).
Dans le sud les esclaves jouaient pour faire danser leurs maîtres aux bals, aux assemblées et dans les palais du gouverneur. Les colons dansaient des danses villageoises comme les menuets, les "Rims" (sorte de "Branle Ecossaises") et les gigues. Les musiciens se rassemblaient le dimanche après midi pour répéter ces musiques (et aussi les danses) mais aussi pour "improviser" en ajoutant à ces musiques traditionnelles européennes leurs rythmes et leur culture africaine. Ils avaient aussi un grand plaisir à ironiser et caricaturer les danses de leurs maîtres.
Kathérine DUNHAM, qui a étudié les danses ethnologiques des îles (Caraïbes, Antilles Haïti, Trinidad ) et de l'Amérique avait constaté que les danses noires des plantations étaient exécutées en cercle, en frappant des mains, mais qu'elles étaient très influencées par la "Square dance" anglaise (danse similaire à la Polka, avec des couples qui s'échangent) et par le Quadrille français.
Comme danse on retrouvera la " Buck dance" (dansée par les hommes), et la "Pigeon Wings" qui fusionnées donnent la "buck and wing dance".
La "Gigue" était une danse paysanne irlandaise dansée avec des sabots ce qui provoquait un bruit rythmique, créolisée et fusionnée pendant l'époque de la Minstrelsy elle devint la "Buck and wing" et américanisée elle devient la Tap dance (danse de claquettes)
Les planteurs organisaient pour se divertir des concours de "Cake walk". Le Cake walk s'appelait au début le "Chalk line" (ligne de craie). Cette danse consistait à danser sur une ligne dessinée à la craie où les danseurs s'amusaient à imiter et caricaturer l'attitude guindée des blancs ouvrant un bal, souvent ils dansaient aussi avec un verre d'eau sur la tête (afin d'avoir le look "raide" des planteurs) avec le buste en arrière en développant la jambe en "Tiller line". Le nom "Cake walk" signifie marche (danse) du gâteau, c'était un concours de danse où le meilleur danseur gagnait justement un morceau de gâteau !
"Cake walk: 1903" (quick time 30" / 2.4 Mo)
Le tambour étant interdit suite à l'insurrection Cato, la "Juba dance" refit donc son apparition sous le nom de "Patting Juba " ; danse compétitive où le danseur exécute une série de mouvements au milieu d'un cercle de danseurs qui l'accompagnent de frappes sur toutes les parties de leur corps (mains, pieds, cuisses etc.) et est défié par un autre danseur qui entre dans le cercle à son tour pour être défié à nouveau.
Le "Patting Juba" revient d'actualité sous le nom de "Handbone, bodyrhthms, body-percussions, body-sound, body-voice (page web sur le "Handbone" )
Toutes les occasions étaient bonnes pour danser, toutes les manifestations tels que Noël, Pâques, les danses pour les moissons, les mariages, les funérailles.
LE SUD
Pour les protestants la danse, à part les danses sacrées, consistait à soulever et à croiser les pieds donc représentait une pratique amorale. Les esclaves ayant connaissance de cette interdiction ont pu la détourner astucieusement en créant le "Ring shout" qui était en fait un grand cercle où les danseurs tournaient dans le sens inverse des aiguilles d'une montre (comme les Africains, retraçant la course des astres). Ils traînaient les pieds (donc ils ne le soulevaient pas, ils ne les croisaient pas, donc ils ne dansaient pas). Ils bougeaient les haut du corps et chantaient des "cantiques". Le but de ces danses était d'être possédé évidemment par l'esprit de Dieu et d'arriver à la transe.
Il y avait aussi la danse "Down to the mire" (au fond du marécage) qui ressemblait particulièrement au "Ring shout" sauf qu'une pécheresse ou qu'un pêcheur prenait à un certain moment le centre et cambrait en arrière jusqu'à ce qu'il touche la terre en guise de pénitence, il pouvait remonter dès que les danseurs du cercle le lui permettaient.
LE NORD
La croissance rapide des villes a fait apparaître une plus grande diversité de formes musicales. Il faut savoir que l'église faisant finalement office de rassembleur, les gens s'y rencontraient. Elle offrait aussi une forme de divertissement vocal tout comme dans les tavernes ou d'ailleurs on chantait et dansait, quand il y avait de la musique elle s'accompagnait de danse. Il se développa par la suite une musique de concert et une musique de bal en plus de la musique d'église.
Il y eut aussi la création d'écoles de musique et de danse avec des professeurs itinérants qui apprenaient aux enfants de bonne famille ces deux disciplines.
Les colons du nord étaient beaucoup plus permissifs que ceux du sud et les esclaves avaient le droit de se rassembler à certaines périodes de l'année pour se rencontrer, retrouver leur identité, leurs danses et traditions.
Un de ces grands rassemblements annuels était-le " Lection day", fête qui avait pour objectif d'élire leur Roi. La fête durait une semaine (c'était un peu la copie des élections Présidentielles Américaines.)
Le "Pinkter day" (Pentecôte hollandaise) était une fête similaire au "lection day". Au " Catherine Market" la situation était un peu différente, c'était un marché où après les ventes, pendant que les maîtres étaient à la taverne, les noirs s'amusaient à faire des concours de "Gigues" sur des caisses de bois (c'était déjà un petit podium, une petite scène). Quand on parle de concours on parle de concurrents, de compétition, du fait de se surpasser, effectivement de très bons danseurs (de claquettes) furent découverts.
Le nom "tap dance " est un mot dont on ne trouve pas de trace avant 1917.
Dans le sud comme dans le nord on voyait se développer plus ou moins les mêmes danses. Il y avait aussi toutes les villes qui étaient au long des grands fleuves tel que le Mississippi, ou dans les ports les esclaves chargeaient et déchargeaient la marchandise comme le coton, ainsi se développa une danse assez particulière qui rassemblait à la "Cumbite" ou "Coonjine" (coon = naître en péjoratif, être noir). C'était une marche très traînée (qui rappelait l'effort de l'esclave quand il devait transporter les lourdes balles de coton) mais soutenue par un chant très rythmé.
La Nouvelle Orléans
Elle a été fondée par les Français et les Canadiens en 1718, elle resta française pendant 46 ans et passa aux mains des Espagnols en 1800. Elle fut de nouveau récupérée par les Français mais vendue aux Etats Unis en 1803 par Napoléon (mais au fond de son c½ur continua à être française).
Louisiane ; c'était une colonie française avec des esclaves dahoméens, en tant que colonie latine catholique la permissivité était plus grande, donc offrait la possibilité aux esclaves de pratiquer leurs cultes, de danser et de conserver leur héritage africain au grand jour.
En 1803 avec la vente de la Louisiane aux Etats Unis il y eut une confrontation avec le protestantisme, une grande migration se fit vers le Mississippi et la Nouvelle Orléans ce qui eut pour conséquence une grande prospérité. La population doublera en 7 ans et la demande de divertissement suivit proportionnellement.
1804 fut la date de l'indépendance de Haïti ce qui provoqua une très forte migration de Français avec leurs esclaves dahoméens. En Louisiane la religion des Dahoméens était le vaudou qui par la suite devint la religion la plus pratiquée par les noirs en raison de la prédominance de cette ethnie.
La Louisiane subissait la dominance française et espagnole et entretenait des relations très serrées avec les îles notamment les Antilles. Il fut donc naturel qu'avec tous ces mélanges ethniques de cultures blanches et noires on puisse y trouver pratiquement toute l'évolution des deux décennies précédentes. Vers 1840 La Nouvelle Orléans comptait déjà 100 000 habitants et était devenue la capitale économique, le centre de la culture et du plaisir, l'argent était roi à la Nouvelle Orléans. Dans cette ville énorme qui commençait à transpirer et à pulser avec une énergie puissante commença à se former un mouvement musical, en quelque sorte un melting pot de toute l'évolution musicale que l'on nomma plus tard la "jazz music".
Musique et danse étaient toujours indissociables jusqu'en 1946 où la musique jazz est devenue synphonique, cette musique de concert s'écoutait et il n'y avait plus la possibilité de danser sur son rythme car elle devenait trop sophistiquée. Donc le peuple noir s'est réfugié dans des musiques dérivées de la musique jazz notamment le rythm and blues, le soul, le rock and roll, le funk au rap.
Au niveau social et politique se sont développés des "castes", (des catégories, types ) à la Nouvelle Orléans, il y avait les blancs d'une part et la population de couleur d'autre part qui étaient divisés en deux groupes ; les noirs et les créoles qui eux finalement étaient déjà des métissés issu d'un mélange noir et blanc. Il faut rappeler le "black code" code noir, qui était une règle qui interdisait le mariage entre blancs et noirs. Ce qui n'empêchait pas aux blancs de s'adonner au culte du plaisir, soit d'entretenir des relations sexuelles avec la population noire. Ce qui est intéressant, contrairement aux autres colonies de protestants, est que les enfants nés de ces relations étaient libres. Souvent les colons qui entretenaient des maîtresses noires, non seulement les libéraient, mais ils payaient aux enfants (hommes) des maisons, des études et ils les reconnaissaient comme leurs enfants légitimes. Cette catégorie de métisses qui était privilégiée pouvait se permettre le luxe d'aller étudier la musique, la danse et les beaux-arts en Europe, ainsi de développa une classe sociale métisse instruite, sachant lire et écrire, donc déchiffrer des partitions de musique et étudier la culture musicale européenne.
Ainsi on trouvait des manifestations tel le "bal des Cartérons" qui était un bal où les mères métisses y présentaient leur fille afin de pouvoir les placer en tant que maîtresse auprès de riches planteurs blancs. Pendant ces bals bien sûr les danses traditionnelles européennes étaient de rigueur (quadrille, menuets, cotillon etc.).
Cet intérêt des noirs pour la musique (à part de l'héritage) venait du fait que tout au début de l'esclavage on différencia les esclaves en deux catégories ; ceux qui travaillaient dans les champs et les domestiques. Etre domestique et musicien était un statut privilégié dans les colonies. (Les arts ont toujours permis aux noirs de sortir de leur misère).
La religion la plus répandue chez la population noire était le vaudou, il se pratiquait en secret mais les rumeurs persistaient sur la pratique des sacrifices, des sorts et des rites maléfiques, ce qui inquiétaient les blancs. Ils en avaient peur donc ils décidèrent d'octroyer une plus grande permissivité aux noirs en les laissant danser les dimanches sur une grande place de la Nouvelle Orléans ce qu'ils appelaient le "Congo square". Les danses de "Congo square" ont exposé au grand jour les expressions rituelles et traditionnelles des noirs, les Américains s'en inspirèrent puisqu'on viendra au Congo square pour voir les danses noires jusqu'aux environs de 1880.
Ces danses de Congo square étaient appelées comme aux Antilles des "Baboulas" on y trouvait les mêmes danses qu'aux Iles (Calendes, Chicas, Bamboula etc.). Les noirs dansaient en cercle, avec des couples au milieu, ils dansaient jusqu'à l'épuisement, c'étaient des danses très puissantes. Il faut comprendre que ces danses assouvissaient un besoin de défoulement.
En 1880 il eut une modification de l'urbanisme qui divisa la ville en quartiers, et Congo square ne correspondait plus à l'attente des noirs car en 1890 s'ouvrirent les nouveaux "Dancings" notamment à Storyville qui était un quartier du plaisir (un peu comme Pigalle).
1861 - 1865 Période de la guerre de sécession où le président Abraham Lincoln fit abolir l'esclavage (décision qui lui coûta la vie) ce qui provoqua une grande migration des noirs vers le nord et les villes industrialisées. (La Nouvelle Orléans étant dans le sud). L'abolition de l'esclavage avait contrarié beaucoup de blancs car ils ne pouvaient pas s'imaginer un homme noir bénéficiant du même statut civil qu'un homme blanc (et de plus ils étaient obligés maintenant de payer les ouvriers). Il se créa donc un mouvement contre les noirs "le Klu Klux Klan" (KKK). Ce mouvement a eu une influence énorme et de 1890 à 1894, ainsi se mirent en place petit à petit des lois qu'on appela le "Jimcrowinsm" (nom que l'on retrouve dans la Minstrelsy), c'étaient des lois ségrégationnistes.
Avant la guerre de sécession les créoles avaient tous les droits sauf celui du mariage avec un blanc.
"Une goutte de sang blanc apportait toutes les libertés sauf celle du mariage".
Suite à la loi du Jimcrowism cette phrase fut modifiée-en :
"Une goutte de sang noir vous ramène au rang des noirs"
Petit à petit les noirs et les créoles furent parqués dans des quartiers qui leurs étaient réservés, ce fut la rencontre entre noirs non instruits (mais qui avaient gardé intacte leur culture leur religion et leur héritage), et créoles instruits (qui avaient bénéficié pendant un certain temps du confort, de la culture blanche et surtout d'une éducation musicale très poussée). Cette cohabitation donna son essence au développement de la musique par une fusion entre la rythmique (typique africaine) et l'harmonie (typique européenne).
En conclusion, c'est à cette période et jusqu'en 1880 où danses de plantation, danses sociales et danses populaires engendrèrent une fusion entre les danses européennes et les danses dérivant de la culture africaine pour devenir ce qu'on appellera plus tard le jazz et la danse jazz.
Storyville
En 1897 La Nouvelle Orléans étant un port très actif où il y avait une demande de plus en plus importante de plaisirs et de divertissements. Un Magistrat s'appelant STORY décida de réserver un quartier entier à cette de demande qu'il appela Storyville. D'ailleurs on ne sait pas si le Magistrat Story lui donna son nom volontairement ou justement parce qu'il était Magistrat et traitait surtout les dossiers criminels de ce quartier. Ce quartier deviendra le lieu de perdition par excellence : "gambling" (jeu), alcool, drogue, il y avait bien entendu des bordels, des bars, des dancing. Ce quartier permettait aux musiciens professionnels de venir jouer de la musique dans les maisons closes, pour accompagner les clients dans leurs danses avec les prostitués, danses très lascives et sensuelles appelées les "drags", les slow Drags (traîner, dans le sens bouger lentement collés l'un à l'autre, ventre contre ventre, se frotter. A observer dans le Film "la Couleur Pourpre" : séquence de drags, Chorégraphie de Donald Mc KAYLE ; "District Story Ville" qui montre la vie de tous les jours dans ce quartier et notamment les Drags dans les bordels). Ce qui explique aussi pourquoi quand les noirs font des ballets à caractère jazz souvent les thématiques sont soit l'histoire des esclaves soit la vie dans les bordels ou les quartiers malfamés, car cela représentait finalement leur vie de tous les jours.
Les danses populaires de l'époque étaient dansées par 4 à 6 danseurs qui exécutaient une série de pas. Ils étaient dirigés par un "meneur" qui coordonnait la danse ; "Changez de cavalière ! Changez de direction ! Et maintenant on tourne ! " Etc. (le maître de ballet).
Quand ces danses furent exécutées par des noirs ils empruntèrent des éléments traditionnels Africains comme par exemple le "shuffle" (qui est maintenant un pas de base pour les claquettes) et les frappes de mains.
Les danses européennes étaient basées sur des pas préétablis qui étaient arrangés sous une forme répétitive. Alors qu'au contraire les danses africaines se distinguaient par une improvisation individuelle sur des mouvements basiques.
La danse européenne se danse en couple (avec contact physique) ; face à face, côte à côte en se tenant par la main et dans des formations diverses.
La danse africaine se danse en cercle. Les noirs sont venus beaucoup plus tard à la danse de couple, cela ne faisait pas partie des traditions africaines car on différenciait la danse des hommes, celle des femmes et celle des occasions sociales, on distinguait des formations en cercles, en lignes, en files "indiennes" ou en rangées. Quand ils ont adopté la danse de couple au début ils ne la faisaient pas face à face mais côte à côte (Cakewalk). Toutes les danses étaient toujours accompagnées par la présence de ce rythme puissant et propulsif qui apparaissait dans les chants, les frappements de mains, de pieds et dans les pas de danse.
La Minstrelsy
Les blancs américains ont toujours été intrigués et fascinés pendant presque toute l'histoire des Etats Unis par certains aspects de la culture noire. Et cette fascination s'est manifestée surtout depuis 1840 par un intérêt pour la musique noire, ce qui provoqua un intérêt pour un genre de spectacle nouveau (1820). Et ce fut un genre de spectacle qui régna sans concurrence sur le divertissement américain de 1845 à 1900.
Les Minstrels Shows étaient un spectacle de variété de chants de danses et de théâtre (sketchs, Vaudeville). C'était essentiellement une reprise des chants et des danses des esclaves par des blancs qui se noircissaient le visage au charbon de bois, qui se dessinaient de grosses lèvres blanches et qui mettaient des perruques pour monter sur scène. Finalement les "blancs" amusaient les "blancs" en imitant et en se moquant des "nègres".
Contrairement au blues ou aux negro spirituals la Minstrelsy n'a pas contribué énormément au développement du jazz mais son importance capitale a été dans la diffusion de la musique et de la culture noire américaine dans tous les Etats Unis. La Minstrelsy allait éduquer l'oreille américaine aux chants, à la musique et à la danse, et finalement à ce rythme puissant et propulsif qui devint le jazz. A la fin de la Minstrelsy presque tous les joueurs de minstrels étaient des jazzmen.
La Minstrelsy était évidemment une parodie considérée négative pour les noirs car les blancs les représentaient sous une image qui fut (et qui l'est encore aujourd'hui) difficile à se défaire. C'était l'image du "bon negro", celui du noir taré, de l'esclave content de l'être (bon enfant, toujours prêt à vous servir, content de son sort car il aurait pu tomber sur un blanc plus méchant), celui qui dansait jusqu'à l'épuisement pour un morceau de gâteau, l'image du noir paresseux, sale et sentant la sueur mais aussi celle du noir cultivé (le "zipcoon", fils illégitime d'un riche planteur, habillé de façon clinquante, signe encore aujourd'hui de la réussite sociale) ayant fait ses études en Europe pour finalement finir pianiste dans un bordel "nègre" à la Nouvelle Orléans (se reporter aux Films "Autant en emporte le vent" on y découvre l'image de la servante, la grosse maman, la nourrice contente et aux films avec Bill "BOJANGEL" ROBINSON", (claquettes), où il incarne le personnage du grand-père avec Shirley TEMPLE, on lui reproche d'ailleurs de s'être prêté à ce personnage stéréotype du noir. Cette image a été exploitée aussi au niveau publicitaire avec le noir à l'aspect gentil et souriant tel que : "Banania" ou "Oncle Ben's".
Bill Robinson aves Shirley Temple
Bill Robinson "Cafe Metropole"
Bill Robinson "l'escalier" un document exceptionnell
Consultez la page TAP STARS
avec des clips des grand danseurs de claquettes
L'ancienne génération
Fred Astaire, Gene Kelly, Ann Miller, Little Buck
"Les hoofers" : Samy Davis junior, Sandman Sims, Chuck Green, Benny Briggs, Jimmy Slide, Harald et Fayard Nicholas, Steve Condos ........et ++
La nouvelle génération
Gregory Hines, Savion, Glover, Ted Levy, Van Porter, Max Pollak, Steven Harper, Fabrice Martin, Uwe Meusel, Sam Webber ........et ++
Ces images ont été développées par les blancs pendant toute l'époque de la Minstrelsy ce qui reflétait le racisme, la non-acceptation du noir en tant que citoyen à part entière et cela depuis que le président Abraham Lincoln fit abolir l'esclavage en 1861 - 1865.
1823 Thomas DARMOUTH Rice "Daddy RICE" en observant un noir boiteux qui dansait et chantait en soignant des chevaux, développa en accélérant et en changeant un peu le rythme et les paroles de sa chanson, une danse qu'il appela le "Jump jim crow" . Elle était basée sur un mélange de "Gigue" et de "Shuffle"(petits sauts syncopés, pieds à plat avec beaucoup de mouvements d'épaules et de bras). Ce qui lui valût lors de la première représentation 20 rappels, c'était le succès de l'année qui envahit le pays. Il fut souvent imité.
"Daddy RICE" semblerait, plutôt qu'avoir offert au public une véritable image de la danse noire, avoir créé la première caricature définie et durable de cette danse grotesque ; aux caractéristiques excentriques et sautillantes, aux membres relâchés, traînant des pieds, comiques et très rythmées.
Plus tard on dira : "Le "Jimcrow" (qui est devenu un personnage) de Daddy RICE a donné à notre scène et à notre langage une expression frappante (le Jimcrowisme) qui stigmatisera la ségrégation des noirs.
Mr Bones jouant des "bones"
Un spectacle de Minstrels Show est composé de trois parties :
Première partie ; les musiciens s'installaient en demi-cercle autour de la scène, l'interlocuteur central menait le jeu. Une extrémité de ce demi-cercle s'appelait Mister BONES (parce qu'il jouait avec les os (clip video bones ) et l'autre Mister TAMBO parce qu'il jouait du tambourin. Chaque musicien venait à son tour au centre pour interpréter de la musique ou danser, puis il y avait une intervention d'un interlocuteur qui pouvait être une présentation, une chanson ou une blague vers
Mister Bone ou Mister Tambo ou à l'attention du public. Quant tout le monde avait exécuté sa performance ils organisaient une grande danse qui s'appelait le "Walk around" (marche autour). C'était une marche en cercle très rythmée, une sorte de final qui vers la fin de l'époque des Minstrels était devenu un "Cakewalk". (De même que cela se fait encore aujourd'hui avec le grand final des shows des tiller girls).
bones
La seconde partie s'appelait "Olio" et était une partie de variété musicale et chorégraphique mais sans l'intervention des extrémités, elle se terminait aussi en "break down". La "Gigue" en se mélangeant avec la "Patting juba" prenait selon les endroits des noms différents ; en Virginie on l'appelait le "break down", en Louisiane le "phasing down".
La troisième partie décrivait les danses de plantation et souvent était une parodie d'un drame de l'époque comme "Hamlet". Plus tard, la sortie du livre "La case de l'oncle TOM" (1852) fit fureur aux Etats Unis, on utilisa justement cette thématique pour la troisième partie du Show. Et c'était toujours les blancs qui imitaient les noirs.
En 1843 eut lieu le premier spectacle véritable de Minstrel Show qui fut crée par les "Virginia Minstrels".
1843 William Henry Lane connu sous le nom de "Master Juba" fut à l'époque le seul noir, avant la guerre de sécession (1861), autorisé à jouer avec les blancs et il devint la vedette. Il a même lors d'une tournée en Europe dansé devant la Reine Victoria au Buckingham Palace. Charles Dickens écrivait sur lui " son jeu de jambes ressemblait aux bruits des doigts sur un tambourin". Mais à aucun moment on ne faisait allusion à un mouvement de buste ce qui fait penser que la danse de Mister Juba était en fait un mélange de culture irlandaise donc de "Gigue" avec des mouvements typiquement Afro Américains comme les shuffles et les drags. Tout cela avait en plus un sens rythmique typiquement africain. Master Juba qui était un homme libre vivait dans le quartier de New York qui s'appelait Five Points, c'était un ghetto où vivaient beaucoup d'artistes noirs et blancs . Master Juba mourut en 1848 à l'âge de 27 ans. Les blancs qui par la suite ont développé et appelé cette danse la danse de claquettes (tap dance) se réfèrent toujours au travail de Master Juba.
A la fin de la guerre de sécession on autorisa enfin aux noirs de monter sur scène et de créer leurs propres compagnies de minstrels. Ce qui est un comble est que le stéréotype du noir était tellement demandé qu'ils se virent obligés de recommencer à jouer les blancs qui imitaient les noirs (même maquillage, attitudes et histoires). Et de cette image ils ne purent jamais se débarrasser même quand ils commencèrent à être engagé dans les grands théâtres de "Vaudeville", on leur demanda toujours de jouer le personnage du "petit nègre esclave".
Fred Astaire & Bojangle FRED ASTAIRE (Frederik Austerlitz) est le fils d'immigrés autrichiens. En 1905, la famille s'installe à New York, espérant voir décoller la carrière de danseuse d'Adèle, la soeur aînée de Fred. Ce dernier danse dans l'ombre d'Adèle. En 1917, un agent remarque Fred et Adèle. Leur spectacle rencontre un franc succès et leur notoriété grandit, mais Adèle se marie et Fred entame une carrière solo en signant un contrat exclusif avec RKO Radio Pictures. 'Fly down to Rio' le fait apparaître aux côtés de Ginger Rogers. C'est le début d'un couple mythique, qui sera réuni dix fois jusqu'en 1949. L'artiste est complet et son succès est incroyable, encore maintenant il est la réference en tant que danseur de claquettes. Agé de quatre-vingt huit ans, le danseur mythique s'éteint des suites d'une pneumonie.
Fred Astaire danse avec un porte manteau
Fred Astaire: Ceiling dance
Fred Astaire: "Madley Staying alive"
Fred Astaire "Putting on the Ritz"
Le début véritable des claquettes fut "L' Essence of Virginia " c'était une danse essentielle de la Minstrelsy qui donna naissance au Soft Shoe (claquettes sans fers, Fred ASTAIRE dans "Tea for Two"). Les artistes noirs connus dans le Buck and Wing et dans le soft shoe de l'époque étaient : "Billy KERSANDS, Ernest HOGAN, Bert WILLIAMS sans oublier les grandes chanteuses de blues qui travaillaient aussi dans la Minstrelsy, citons la plus connue, Bessie SMITH (toutes exploitées par les blancs, l'histoire se répètait. ).
Le Minstrel Show était un théâtre forain, ambulant, qui se déplaçait de ville en ville, jouant sur des tréteaux et qui était souvent confronté avec un public grossier, inculte et appréciant seulement les noirs pour les ridiculiser et s'en moquer.
La Minstrelsy resta très populaire jusqu'au début du 20 ème siècle où elle fut relayée par les spectacles d'extravagance et burlesques ; les "Vaudevilles", les "Cabarets", "Broadway" (broad-way), la radio, les clubs à Harlem, les premiers films et vers 1917 ce qu'on appelait définitivement le jazz. La danse de la Minstrelsy a été véhiculée dans un autre domaine ; celui de la danse sociale qui a été développée et surtout médiatisée par un couple de danseurs professionnels ; Irène et Vernon CASTLE (1910).
Finalement l'évolution de la danse jazz s'est fait durant tout son évolution comme un jeu de ping pong bondissant selon les périodes du professionnel au populaire.
A la fin du 19ème siècle les fanfares et les orchestres noirs étaient florissants dans toute l'Amérique et notamment dans les grandes villes. New York devint à partir de 1880 un centre d'orchestres et de danses noires. Ils firent danser les blancs à diverses fêtes mondaines, ils dansaient sur une forme de musique qui s'était développée avec la Minstrelsy (1880-90) le "Ragtime" (le Cake walk). Ces bands étaient disponible aussi pour des mariages au enterrements, il n'était pas rare que deux bands se rencontraient sur la route l'un pour un enterrement l'autre pour une naissance ou un mariage, c'était finalement une façon de annoncer un événement.
En 1900 il y eut un club pour "noirs" à New York nommé " Bohème Noir" ou les blancs venaient voir les noirs danser. L'histoire se répétait comme au Congo square et en 1920 aux clubs de Harlem comme le " Cotton Club, Byrdland, Savoy etc."
Les acteurs et compositeurs venaient voir ces démonstrations afin de s'inspirer à leur tour de cette musique, de ces rythmes, de ces inventions et de ces improvisations spontanées. De grands orchestres de jeunes musiciens se créaient à l'époque tel celui de Jim Europe qui devint le chef d'orchestre d'Irène et Vernon CASTLE et fut par la suite l'orchestre de jazz qui se rendit en France en 1917 au début de la guerre 1914 -18 et qui apporta pour la première fois la musique jazz aux Français.
Irène et
Vernon Castle
Comme nous l'avons signalé ci-avant la danse de la Minstrelsy a été véhiculée dans un autre domaine ; celui de la danse sociale qui a été développé et surtout médiatisé par un couple de danseurs professionnels ; Irène et Vernon CASTLE (1910). Ce couple qui bénéficia d'une immense popularité lança toutes ces danses aux Etats Unis. La danse sociale n'est pas une danse scénique, c'est une danse de tout le monde, ses précurseurs étaient ceux de la danse lisse (le Ballroom). Il faut préciser que c'était la première fois qu'un couple médiatisait des danses pour le grand public.
Avant 1910 les danses sociales, comme la Polka, la Valse, la Scottish, étaient surtout dansées par des jeunes car elles demandaient beaucoup d'endurance et dès que se développa le Ragtime il se développa aussi des danses beaucoup plus simples. Des danses qui avaient des noms d'animaux comme le : Fox-trot (pas de renard), le Turkey hot (pas chaud de dinde), le Grizzly bear (l'ours), le " Bunny hogue " (le bisou du lapin), le Camelwalk (la marche du chameau qui inspira James Brown et à son tour Michael Jackson et finalement qui prit le nom de "Moonwalk").
Avec le développement des médias comme la radio il se créa une forte demande de musique et de danse, on assista au développement de concours de danse de "Ragdance", toutes les couches sociales venaient apprendre à danser et les danseurs devenaient des stars de tout premier ordre tel qu'Irène et Vernon CASTLE. Ce couple eut simplement l'intelligence de prendre toutes les anciennes danses de plantation de les "nettoyer", les codifier, de les aseptiser et de les structurer afin quelles soient dansables par "tout le monde". Leur notoriété était tellement forte qu'on associait leurs noms à toutes ces danses. Irène et Vernon CASTLE avaient une popularité telle, qu'Irène réussit à changer les habitudes de la femme américaine, elle causa la mode des cheveux courts et transforma la robe serrée des années 1900 en robe fluide. Ce fut aussi Irène qui incita les femmes fortes, comme on les aimait à l'époque à devenir très mince, car elle était très fine et filiforme.
Ce couple a tellement marqué les danses sociales aux Etats Unis (et fut une telle réussite commerciale sans précédent) qu'il a été repris comme modèle 20 ans plus tard par un couple tout aussi fameux ; Fred ASTAIRE et Ginger ROGERS. (A voir, le film de Fred ASTAIRE et Ginger ROGERS "La vie de Irène et Vernon CASTLE").
Le mouvement d'Irène et Vernon CASTLE était naturellement un mouvement suivi surtout par la communauté blanche, il ne faut pas oublier que l'intégration noire et blanche était encore loin d'être acceptée.
Les noirs de leur coté se rassemblaient dans des dancings (ségrégués) qui s'appelaient à l'époque des "Jock Houses" (définition ; mauvaises maisons, souk, jeu, presque équivalent à un bordel) où l'on jouait et l'on dansait.
Dans ces Jock Houses il y eut la rencontre entre tous les noirs immigrés du sud et ce mélange donna vie aux danses comme : le "Black Botton" (quartier de Nashville), le "Big Apple", le "Shimmie" et plus tard le "Charleston" et le "Polling the Jack" (1918). Presque toutes les danses de l'époque étaient des danses dictées, le texte de la chanson indiquait les mouvements à faire (comme par la suite pour le Madison en 1960 ou la fameuse chanson du film the Rocky Horror Show disait " ... take a step to the right.... and jump to the left .. put your hands on the hip ... etc.).
1920
En 1920 après la guerre on assista à un mouvement de " je m'en foutisme" (Film "The great Gatsby"). Les jeunes étaient en rébellion contre l'hypocrisie antérieure (ils fumaient, buvaient, les filles se coupaient les cheveux, se raccourcissant les jupes, c'était l'époque des excès, de la révolte des jeunes et le début de la "Renaissance noire" où les noirs prenaient conscience de leur situation. Les Poètes s'intéressèrent à la situation des noirs et ainsi que les blancs qui à nouveau redécouvraient leur existence. Dans les années '20 Harlem fut le théâtre d'une activité intellectuelle remarquable et présenta une des périodes les plus fastes de la culture afro américaine (donc la Black renaissance). Les grands orchestres symphoniques commencèrent à jouer l'½uvre des compositeurs noirs, des troupes d'Opéra donnèrent la vedette à des chanteurs de couleur, ils apparaissaient à Broadway au théâtre et dans les ballets. Les musiciens jazz noirs commençaient à se faire une place importante